mercredi 7 avril 2010

Les bibliothèques des autres

Avec un de mes petits camarades, nous aimons à échanger des livres et à nous faire découvrir mutuellement nos bibliothèques. Cela limite (un peu) les achats que nous tendons l'un comme l'autre à faire sans modération, et cela nous permet surtout de se rassurer sur une série nous faisant de l'oeil avant d'en acquérir 18 tomes (la fantasy, pour ça, c'est assez fatal). Pour rendre à César ce qui lui appartient, j'ai plus découvert de sa bibliothèque que lui de la mienne, et c'est justement d'une de ces découvertes, faite il y a quelques années déjà, que je voulais vous parler aujourd'hui.

Anne Bishop a trois séries à son actif, mais la principale et la plus réussie à mon sens (et à celui de pas mal de fans) est celle des "Realms of the Blood" (le premier tome, Daughter of the Blood, sera semble-t-il traduit en français un jour prochain, plus d'infos quand j'en aurai). Et comme le dernier tome en date, Shalador's Lady, est sorti récemment, que je suis en plein dedans, et que je ne parviens qu'à grand-peine à le lâcher (parfois, je suis ravie que mon ordi professionnel soit si long à démarrer), je me suis dit que c'était l'occasion pour en parler.

The Black Jewels Trilogy était la première série dans cet univers flamboyant et sombre, où une caste à part, le Sang (« the Blood »), est organisée autour des Reines, le cœur et l’âme de leur monde et de leur magie. C’est une danse complexe entre ces femmes et le cercle des mâles qui les servent ; impétueux, instinctifs, dangereux, seule une main ferme et douce peut les gérer, et seules les Reines en sont capables. Mais au début de l’histoire, les règles qui régissent normalement cette société ont été bouleversées par Dorothea SaDiablo, la Grande Prêtresse qui contrôle désormais le Royaume de Tereille par la force et la peur. Et seule Witch, le mythe vivant, les rêves faits chair, pourra s’opposer à elle ; pas de bol, Witch est une enfant, et il peut lui en arriver des malheurs, avant qu’elle ne puisse enfin accomplir son destin.

A froid, je dois bien admettre que « destin », « prophétie », tous ces mots ont tendance à me hérisser un peu, à force de les voir retournés dans tous les sens par d’innombrables auteurs de fantasy. J’ai attaqué la série avec un peu d’appréhension. Mais cela m’est vite passé. Anne Bishop a construit un monde fascinant, une société régie par des règles originales, et surtout des personnages. Daemon, Saetan et Lucivar, le triangle d’hommes qui entoure Witch, puissants et sensuels mais à la limite de l’incontrôlable, capables de tuer sans y réfléchir à deux fois quiconque est perçu comme une menace pour leur Reine. Jaenelle Angelline, Witch elle-même, tantôt enfant vulnérable et tantôt autre chose. Surreal, ancienne prostituée et assassin, insolente et décontractée. Et puis, dans les romans suivants, Cassidy, dont la faible magie et l’apparence banale dissimulent des trésors de générosité qui font d’elle une bien meilleure Reine qu’une autre plus puissante. Theran Grayhaven, celui qui veut sauver son peuple mais se laisse peu à peu entraîner dans les dérives qui l’ont détruit au départ.

Il y a des méchants, mais ils ont des vraies motivations. Ils ne se voient pas comme des méchants d’ailleurs, ils pensent sincèrement faire ce qui est le mieux pour tout le monde. Il y a des gentils, mais il ne faut pas trop les chercher non plus ; le pragmatisme reprend vite le dessus sur les bonnes intentions. Il y a des héros surpuissants et pour ainsi dire invincibles – mais dont la vulnérabilité est parfois surprenante. Il y a des prophéties et des destins, mais ça ne finit pas comme on l’avait attendu. Bref, on ne s’ennuie pas une seule seconde.


Et Shalador’s Lady, que je suis en train de dévorer, ne fait pas exception. J’ai beau savoir que ça finira bien, je ne peux pas le lâcher. Et c’est toujours autant un plaisir que de se perdre dans ce monde-là. C’est là une de mes séries préférées en fantasy – pour ne pas dire ma préférée.

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