" Les jours passent et pour l'instant je suis toujours libre et en vie, même si mon fardeau me pèse de plus en plus. Mais je les entends chuchoter derrière mon dos, et je commence à craindre qu'il n'y ait pas besoin que vienne leur inquisiteur. Sous peu, ils risquent de prendre eux-mêmes l'initiative de se débarrasser de la sorcière. Je ne peux maintenant plus qu'espérer une année clémente et une bonne récolte, et qu'aucun bébé ne soit mort-né. Je crains qu'une avanie, quelle qu'elle soit, ne signe mon arrêt de mort. "
Vanéa tourna la page jaunie, mais ce paragraphe était la dernière entrée du vieux journal poussiéreux. Il devait avoir été écrit quelques temps après le reste, mais c'était difficile à dire car le journal lui-même ne comportait aucune séparation entre les entrées, les mots se suivant sans aucune indication de date. En fait, le vieux livre relié de cuir ressemblait plus à un assemblage de pensées éparses qu'à un vrai journal. Celle qui l'avait écrit devait peut-être l'utiliser pour mettre de l'ordre dans sa tête, peut-être aussi comme un pense-bête si, avec l'âge, sa mémoire avait commencé à flancher.
Si elle n'avait plus écrit ensuite, c'était sans doute parce que ses peurs s'étaient réalisées. Les documents de l'époque faisaient état d'une sorcière brûlée dans la région, et il s'agissait probablement de la femme dont Vanéa tenait le journal entre ses mains. Son arrière-arrière-arrière grand tante, si elle pouvait se fier à ses recherches.






